"Le Cours" : les personnages

Corps professoral d'HEC :

Marc BLANCHARD, directeur des études

Hélène LEMAIRE, responsable de la filière économique

Marie-Christine PAVOT, responsable du suivi des élèves de seconde année

Patrick BLOUIN, fondateur d'un groupe de conseil international, animateur d'un groupe d'étudiants formant l'atelier d'économie politique

 

Etudiants :

Martine ANDRE, entrée dans un bon rang après une longue prépa à Nice

Rachid BENIMA, admis direct après une licence d'économie au Maroc

Olivier CAMUS, entré dans les derniers au concours, mais multi-talentueux

Marco DONATI, admis direct après des études de sciences humaines en Italie

Jacques ETIENNE, entré major après une longue prépa à Sainte Geneviève

Nasera HERVE, entrée en bon rang après une prépa à Toulouse

Yuko OZAWA, admise direct après des études d'ingénieur au Japon

Isabelle RICHARD, admise directe après une prépa Sciences-Po

Dimitri SAMIRAS, admis direct sur dossier présenté par son gouvernement

Andrea WINTER, admise directe après des études de journalisme en Allemagne

 

Commentaires :

 

On me demande souvent à quoi correspondent ces personnages ...

Dans le corps professoral d'HEC, Marc et Hélène ont quelques points communs avec des vrais responsables. Marie-Christine a existé et ressemble au personnage du livre. Patrick est une réplique de l'auteur, en plus jeune.

Autant de points qui n'étaient pas à imaginer en plus de la construction du roman !

 

La composition des étudiants dépend à la fois du contexte des ateliers et du contexte de la formation sur le campus HEC. Sur le campus, cohabitent des formations de "Grande Ecole" (celle qui se fait à partir de Bac+2), de MBA, de Mastère, de Doctorat, de formation professionnelle. Pour des ateliers à large spectre, le corps professoral a choisi une répartition équilibrée : la moitié de Français et la moitié d'étrangers, la moitié d'étudiants et la moitié d'étudiantes, la moitié d'admis par concours et la moitié d'admis directs. Pour ces derniers, on acceptera ici que ce sont des étudiants avec une expérience professionnelle.

 

Ces étudiants ne sont pas tous sortis de mon imagination. Même les plus phénoménaux ne sont pas aussi caricaturaux qu'on me le reproche parfois. La réalité dépasse bien souvent la fiction, même si l'étudiant moyen ne se reconnaitra pas forcément dans certains personnages du livre. A l'inverse, les commentaires écrits par les étudiants d'HEC crébilisent totalement la faisabilité d'une rigoureuse sélection parmi l'ensemble des élèves pour constituer des groupes de travail autour du thème de l'économie politique (voir les apports pour la communauté HEC).

 

Je les ai rencontrés ...

 

L'étudiant le plus contreversé est Olivier. On me dit et on m'écrit : "Trop, c'est trop! On ne peut cumuler autant de soit-disant qualités et atouts."  Statistiquement, on ne rencontre pas ces personnages tous les jours. Statistiquement aussi, il est raisonnable de considérer qu'ils existent. Steve Fosset a fait une première carrière, une énorme fortune, comme financier spécialiste des matières premières, puis a accumulé de nombreux records sportifs très médiatisés, avant de décéder aux commandes de son avion dans un coin perdu des USA. Non seulement ils sont bourrés de qualités et tout leur réussit, mais dans l'hypothèse où ils rencontrent un obstacle sur leur chemin, ils ont généralement les moyens de le traiter, comme le disent les Américains : "If you can't beat them, join them ! If you can't join them, buy them !"

Ce qui fait également le succès des gens comme Olivier, c'est leur simplicité, leur humilité et leur générosité. Olivier ne se met pas en avant, mais il aide les autres à se valoriser. Son comportement relationnel est très "matter of fact" : il transmet rapidement son degré d'implication dans la relation et ses interlocuteurs le comprennent instantanément ou le regardent partir.

Enfin, ces personnes sont aussi à l'aise en groupe, grâce à leur esprit d'équipe et à leur charisme, que dans la solitude où ils se retrouvent sans peine, s'entendant fort bien avec eux-mêmes.

On peut en déduire qu'une des plus grandes inégalités dans le monde porte sur l'accès à une éducation, à une formation de qualité. Mais il s'agit, le plus souvent, de ce que les parents parviennent à transmettre à leurs enfants et peu nombreux sont ceux qui accepteront de se séparer de leur maman, de leur papa, même s'ils ne sont pas les plus aptes à transmettre les facteurs de réussite.

Si vous avez encore du mal à imaginer Olivier, pensez à Jean-Luc Lagardère, le père d'Arnault et le fondateur du groupe éponyme : c'était un grand sportif, il avait un charisme extraordinaire, il a créé un groupe industriel (Matra), media (Hachette et consors), il est devenu un des plus gros actionnaires d'EADS et a bien une banque dans son groupe (Argil). Son petit-fils pourrait vouloir lui ressembler et deviendrait alors totalement crédible dans le personnage d'Olivier.

 

Le second personnage d'étudiant sur lequel portent les commentaires et les questions est évidemment Yuko ! Qui est-elle ? D'où vient-elle ?

Parce que Yuko est japonaise, on l'imagine forcément discrète, passe-partout, effacée, ... Mais Yuko appartient à cette catégorie de battantes qui ne se trouve pas à l'aise dans le monde des affaires totalement masculin des grands groupes japonais.

La plupart des francophones japonais sont des japonaises. La plupart de celles-ci exercent une activité de traduction, d'interprétariat ou d'enseignement artistique (ikebana, cérémonie du thé, origami, ...). Mais Yuko a comme une revanche à prendre, que l'on comprend un peu mieux dans le passage où Patrick l'emmène à Paris en compagnie d'une Martine un peu déboussolée. Yuko arrive sans savoir comment, mais elle veut réussir professionnellement avant de réussir une vie familiale qui est au-delà de son horizon de priorités.

Comme beaucoup de Japonais, Yuko est douée d'une certaine capacité d'imitation. Elle est capable de renvoyer l'image de son interlocuteur, d'où son pouvoir de conviction. Cependant, quand elle veut établir une relation à long terme, elle s'interdit à elle-même toute forme de manipulation et doit se contenter des armes classiques que sont la conviction et la séduction.

Enfin, comme beaucoup de Japonais, Yuko a le sens de l'autre. C'est une forme d'empathie qui permet de rapidement déchiffrer les besoins de son entourage et cet être social très développé se met instantanément et efficacement au service de cet entourage.

La contrepartie de toutes ces qualités, c'est le désir et le besoin d'appartenir au groupe. La contradiction de Yuko est donc bien là : elle n'acceptera plus un statut de salarié qui ne reconnaîtra pas toute sa valeur ... alors elle veut se retrouver à son compte, mais comme en famille !

Je n'ai pas vraiment rencontré Yuko, mais elle est une synthèse de Japonaises qui ont traversé ma vie : un mannequin actrice pour le physique, une gérante de sarl pour la gouaille, des consultantes pour les qualités sociales et professionnelles.

La raison pour laquelle les Yuko ont souvent du mal à être heureuses est qu'elles ne rencontrent que rarement des hommes à leur niveau et capables de s'engager.

 

Troisième personnage objet de questions et commentaires, Nasera !

Il importe peu que Nasera ait une mère algérienne et un père français. Ce qui est important, dans son personnage, c'est une personnalité à fleur de peau doublée d'une extraordinaire mobilisation de toutes ses ressources pour obtenir ce qu'elle veut, et tout de suite. Nasera réussira parfaitement avec les adultes qui n'ont pas été vaccinés par une expérience antérieure.

Nasera est fondamentalement dépendante et peu sûre d'elle-même. Elle demandera l'avis d'un proche, même pour une procédure totalement banale.

Nasera se sent de gauche, c'est sa sensibilité, dans tous les sens du terme. C'est la raison pour laquelle son personnage s'inscrit dans la logique de contenu politique et économique de ce livre.

 

Martine existe et son personnage décrit l'étudiante qu'elle était. Dans la vraie vie, il ne lui est pas arrivé "l'accident" du personnage du livre mais sa carrière de femme n'est pas si différente de ce qui est annoncé dans les derniers chapitres.

 

Andrea existe et correspond également à sa description.

 

Marco a tout d'un cliché. Celui que j'ai rencontré était déjà jeune père de famille et cadre supérieur d'une entreprise cotée. Extraverti, parlant avec les mains, toujours tiré à quatre épingles, drôle, généreux, capable de s'enthousiasmer et de se lamenter dans la même minute, hurlant plus fort que cent afficionados dans une corrida ... J'en ai rencontré un autre, un certain Lelièvre (nom bien français, non ?), et je posais la question aux gens qui n'avaient passé que quelques minutes avec lui : "Selon toi, quelle type de voiture possède Lelièvre ?"  Invariablement, la réponse était : "Je ne sais pas, moi ! Peut-être une Alfa-Roméo ?"  "C'est exact ! Tu vois, il y a des hommes qui ont une tête à avoir une Alfa !"

Ce qui nous amène à quelques références sur l'importance de la voiture dans la vie de certaines personnes. Il s'agit d'un bien durable, susceptible de traduire l'image que l'on veut donner de soi, autant qu'un besoin de sécurité, de confort, de style, de statut, ... ou de discrétion.

 

Dimitri n'est pas tout à fait un personnage de fiction : on a pu en voir et en écouter un certain nombre dans les médias au moment des élections en Grèce. La différence est que le personnage du livre est totalement apolitique et ne fait que chercher des solutions pour son pays.

 

Isabelle, Rachid et Jacques n'ont qu'une lointaine ressemblance avec des personnes réelles, sauf pour les remarques de la première, la discrétion du second et le CV du troisième.