Archives 2015

 

26/01 - L'art de l'enfumage

Ils sont nombreux, les mouvements populistes en Europe, qui pensent de la dette de leurs pays respectifs n'est pas aussi importante. Après tout, l'histoire du monde contient déjà tant de défauts sur des dettes...

L'argent des dettes, ce serait l'argent de personne. Ou alors quelques financiers, forcément opaques et suceurs de sang. Ou encore l'Allemagne, jugée vieille, riche et égoïste.

Quelques uns entretiennent bien un doute qu'il y aurait des lésés si on abandonnait tout ou partie de la dette d'un pays comme, par exemple, la Grèce. Mais ces quelques-uns ont élaboré des méthodes "propres" pour arriver à leur fin. Comme l'inflation. Comme les achats par la BCE.

Ou encore comme de ne négocier que les taux d'intérêts, déjà faibles, et les maturités, déjà longues. Ensuite, il suffira de constater que les dettes ne rapportant rien à leurs créanciers, on peut les annuler sans trop de dommage ...

Il existe bien une autre forme d'opacité, entre les banques et leurs clients. Les banques ont une quasi obligation réglementaire d'acheter des emprunts souverains. Avec la chute des taux, ces produits ont continué à monter en 2014. Quand le risque sera évéré, on peut anticiper que les banques les refileront en douce à leurs clients.

Ainsi, ces mouvements populistes ne disent pas à qui ils s'en prennent vraiment. La vérité est qu'ils s'en prennent à vous et moi, dès le moment où nous disposons ne serait-ce que d'une petite épargne en euros.

 

27/01 - Le souvenir et le présent

De nombreux peuples commémorent le souvenir des atrocités mises au grand jour il y a maintenant 70 ans.

Des atrocités du même ordre se déroulent aujourd'hui dans de nombreux pays. Elle nous sont relatées pratiquement en temps réel. Leurs auteurs sont identifiés, de même que ceux qui les soutiennent.

Finalement, ce qui manque au monde, ce n'est pas tant la mémoire que le courage.

 

28/01 - Elastique électoral

On l'entend tous les jours : du centre du PS à l'UMP, le discours se fait plus libéral, plus économique et aussi plus ferme à l'égard d'un certain islam qui dérange un nombre croissant de Français "de souche" (attention aux amalgames : j'utilise ce terme sans aucune connotation partisane !).

A l'inverse, le discours des extrêmes devient plus radicalement socialisant, revenant sans cesse sur cette inégalité qui serait responsable des difficultés économiques des Français et pronant donc plus de contraintes à l'égard des entreprises.

Une fois l'élasticité sociale consommée, les sources d'affrontement risquent donc de casser ce lien qui est supposé tous nous réunir.

 

02/02 - Le FN et le négationisme

Ne me lisez pas mal. Mon titre ne doit pas être interprêté comme le négationisme par le FN mais comme le négationisme du FN, ou de son caractère "républicain".

On peut ne pas être d'accord avec le FN. D'ailleurs, jamais personne n'est totalement d'accord sur tout avec qui que ce soit d'autre.

Mais un parti capable de réunir près du tiers des électeurs devrait, a minima, susciter le respect de ses opposants.

Ma thèse est double, ici, à l'égard de ceux qui nient au FN le qualificatif de "républicain".

D'abord, le FN me semble aussi républicain que beaucoup d'autres partis, pas toujours respectables. Sans rappeler l'histoire ancienne qui n'intéresse pas forcément les plus jeunes, le FN ne brûle pas le drapeau national, il s'appuie sur des valeurs qui ont donné sa place à la France quand elle a été forte, il ne traine pas autant d'affaires que d'autres, etc.

Et puis, en niant au FN sa qualité de "républicain", on lui fait une place qui ressemble bien à une distinction face aux lamentables échecs des majorités successives, tant en termes d'économie que de société. Cette distinction convient à de nouveaux adhérents qui souhaitent, au moins, que ce parti soit écouté et entendu, à défaut d'être suivi.

De plus en plus de Français souhaitent un vrai débat sur les problèmes économiques et de société. Le débat commence à peine que beaucoup l'étouffent à coups d'anathèmes.

 

04/02 - Tour de magie, expliqué

On raconte cette histoire à propos d'un célèbre magicien :

Un jour une femme vient le voir pour lui demander de lui faire un tour de magie, privé. Il lui propose de l'accompagner chez lui et lui fait l'amour. Elle demande son tour de magie. Il lui répond : "C'est maintenant. Tu disparais."

On nous fait la même chose avec la dette grecque. Juste quelques petites différences.

C'est le magicien qui fait le tour des popotes. Et il a réussi à obtenir que ceux qui ne sont pas ses créanciers fassent ses louanges, les louanges de sa démarche et les louanges d'une sérieuse réduction de sa dette. Bien joué pour un novice, non ?

Il nous propose une rente perpétuelle. Déjà, le mot fait sourire. Tout ce qui vit meurt. Sauf la rente ?

Il nous propose de lier son taux à la croissance grecque. Voici déjà deux mots qui sonnent comme un oxymore. Depuis de nombreuses années, s'il y a de la croissance en Grèce, c'est que ce sont les autres qui l'ont financée.

Sinon, la Grèce a plutôt une longue histoire de récession. Dans ces périodes, les créanciers devront supporter des taux négatifs et donner de l'argent à la Grèce ?

Supposons les périodes de croissances arrivées. Quel que soit le taux de croissance, tout de même compris entre 0 et 5% par an sur une certaine durée, avec une dette faisant 180% du PIB, le taux de la rente ne peut pas être supérieur à ce taux de croissance, divisé par 180% car, au-delà, la rente mange toute la croissance. On ne peut donc espérer un taux de la rente qui soit supérieur à 3% par an pour couvrir tous les risques, l'immobilisation du capital, etc.

Les bons esprits nous expliquent que la Grèce a déjà fait de gros efforts et que ces efforts ont généré la récession grecque. Peut-être. Je considère plutôt que la Grèce a arrêté de distribuer de l'argent qui ne lui appartenait pas et qu'on défuse désormais de lui prêter. Evidemment, sans perfusion externe, l'économie retrouve un niveau plus en relation avec la somme des efforts fournis par le pays.

La Grèce est-elle coupable de ce qui lui arrive ? Bien évidemment : corruption, refus de payer l'impôt pour les contribuables et de l'exiger pour l'administration, mensonges, falsifications, etc.

Est-elle la seule coupable ? Evidemment non. Ceux qui lui ont prêté cet argent avaient, ils ont toujours, un devoir de due diligence, ce travail qui consiste à vérifier la solvabilité de l'emprunteur et la véracité de ses affirmations, avant d'engager son argent ou celui de ses mandants.

A quoi ressemble la solution, aujourd'hui ?

Il ne sert à rien de décourager les Grecs de réussir en espérant recouvrer la totalité de leur dette abyssale. Il ne sert à rien d'éteindre une dette souveraine à l'égard de partenaires qui, eux, respectent leurs engagements.

Ce qui est important, finalement, ce sont les efforts que les Grecs vont faire pour retrouver la voie de la réussite économique. Ils étaient en bonne voie, justement. Mais les promesses démagogiques de leur candidat arrivé au pouvoir, et les encouragements intéressés de notre gauche radicale, pourraient l'en détourner.

La Grèce peut évidemment sortir de l'Eurozone, mais la chute de sa monnaie nationale produirait rapidement un cahos pouvant rétablir un régime des colonels.

La Grèce peut unilatéralement se déclarer en faillite et refuser de payer ses créanciers, mais elle n'aura les moyens ni de commencer à mettre en place les promesses, ni d'investir pour continuer son redressement.

L'étroit chemin qui a été imposé à la Grèce par la troïka était donc un compromis, peut-être même un bon compromis.

Pendant ce temps, la France continue à creuser son déficit et n'engage que des réformes esthétiques, une sorte de maquillage, quoi. Un maquillage appliqué aux comptes de la nation, ça ne vous dit rien ?

 

04/03 - Quand le service public enseigne l'économie

Hasard des évènements :

 

Hier matin, j'écoutais un célèbre économiste déclarer qu'HEC devrait enseigner l'économie politique. Il s'agit d'une proposition que je juge importante et que je soutiens vivement.

 

Hier soir, France 2 entendait démontrer aux téléspectateurs que le versement des dividendes se fait aux détriments de l'économie.

On ne peut imaginer un exercice plus médiocre !

Vous prenez quelques faits divers que vous arrangez à la sauce larmoyante, vous établissez des relations de cause à effet pour le moins douteuses, vous trichez sur les statistiques, vous stigmatisez et vous amalgamez : le public à une heure de grande écoute sera convaincu que le monde de l'entreprise est décidément bien pourri !

 

Vous croyez que j'exagère ?

Les faits divers sont des fermetures d'usines et un suicide. La sauce larmoyante, ce sont les "combats" des victimes. Les relations de cause à effet ne sont jamais démontrées car on y voit surtout une équipe de tournage qui court après des responsables, des personnes jugées informées et des immeubles dans lesquels elle ne peut pas entrer. Les statistiques de l'INSEE sont mal traitées, notamment de tous les doublons (ce sont souvent les dividendes payés par les filiales à la société-mère qui sont ensuite redistribués par la société-mère à ses propres actionnaires).

La stigmatisation de ces quelques-uns : oui, le nouveau patron que Sanofi cherche à débaucher jouit déjà une important revenu avant d'entrer chez ce nouvel employeur ; oui, les accidents du travail arrivent, de même que les suicides, mais je n'affirme pas que les nombreux suicides qui ont lieu en prison sont le fait des rémunérations versées aux fonctionnaires ; oui, on peut être un groupe international profitable et avoir trop longtemps gardé des usines déficitaires en France ; d'ailleurs n'est-ce pas de ce syndrome que PSA a failli disparaitre ?

Enfin, l'amalgame ! Les Français sont parmi les plus gros épargnants au monde. Alors, si être actionnaire est aussi enrichissant et valorisant que France 2 nous l'a montré hier soir, pourquoi les Français délaissent-ils ce rôle au profit des fonds d'investissement étrangers ? Dans notre pays, les revenus du capital sont très fortement taxés, mais la fiscalité prévoit que les plus-values sont encore plus taxées que les dividendes, alors peut-être faudrait-il une fiscalité plus intelligente qui prévoit le contraire.

Quant aux actionnaires ... ils ont l'exemple de l'Etat qui exige généralement des dividendes à la limite de ce que permet la bonne santé de l'entreprise. L'Etat actionnaire, c'est peut-être un autre capitalisme qui mérite d'être mis en question.

 

Alors oui. Si l'émission Cash de France 2 est une indication des leçons d'économie que l'on reçoit dans les écoles de la République, il est urgent qu'HEC s'empare de cette matière, indispensable pour tout grand décideur public ou privé !

 

05/03 - Economie et bénéfices

Il est beaucoup question de spéculation et de bulle financière actuellement dans nos médias grand public, du fait de la hausse des bourses européennes depuis 4 mois. 

Les experts citent généralement les 3 principaux facteurs poussant les actions à la hausse : 1) la baisse du dollar qui favorise les entreprises exportatrices ou simplement globalisées, 2) la baisse du pétrole qui est une augmentation de pouvoir d'achat pour tous les clients des produits pétroliers et 3) la politique accomodante de la BCE avec ses taux presque nuls et sa promesse d'achat de 60 milliards d'actifs chaque mois, pendant 18 mois. Ces achats imposent des taux longs négligeables et drainent mécaniquement l'argent des investisseurs vers les actions.

Le quatrième facteur pourrait bien être aussi important que les autres : les entreprises cotées se sont massivement désendettées. De ce fait, à revenus comparables, elles ont considérablement diminué leurs frais financiers et peuvent extérioriser plus de profit et verser plus de dividendes. C'est une partie de l'argent qui allait aux banques et autres prêteurs sous forme d'intérêts qui est maintenant reversée aux actionnaires sous forme de dividendes.

Les modes tournent : il y eut les valeurs Internet et leur bulle, puis les BRIC et leur repli, puis l'Amérique et sa formidable recovery. Il semble que ce soit au tour de l'Europe de connaître un engouement, tardif certes mais solide. La hausse ne sera pas éternelle, mais profitons de ce qui nous arrive avant que les investisseurs ne soient gavés de notre papier.

 

18/03 - Funesteries

C'est le Ministre des Finances qui nous annonce qu'il veut combattre le terrorisme, au moins son financement, en limitant le rôle de la monnaie liquide dans nos échanges.

Questions d'homme : pourquoi n'est-ce pas le Ministre de l'Intérieur qui nous fait cette proposition ?

Réponse d'observateur : d'abord, ce n'est pas une proposition, mais une nouvelle obligation qui va prochainement s'imposer à nous ; ensuite, nous savons tous que la lutte contre le terrorisme n'est qu'un prétexte pour nous obliger à une totale bancarisation. 

Développement : les gouvernements de pays endettés sont forcément confiscateurs. Les Américains observent d'ailleurs que le niveau de répression, financière mais pas seulement, d'un pays progresse avec la part de son Etat dans l'économie et le taux de prélèvement fiscal. Ayant confisqué les revenus du travail et du patrimoine jusqu'au point où les rendements sont décroissants, l'Etat envisage maintenent de s'attaquer au "stock", aux montants épargnés et logés dans les banques. Il y a évidemment des précédents précis, comme l'écrétage des comptes bancaires à Chypre. Et il y a des avertissements, comme celui réitéré du FMI, qui déclarent que les Etats reviendraient à leur niveau d'endettement d'avant la crise de 2008 s'ils confisquaient une partie des liquidités logées dans les banques. L'Etat veut aussi s'attaquer au travail noir ou gris, souvent payé en liquide.

Conséquences probables : la fuite ou l'attaque ! La fuite, ce serait un énorme développement de l'économie des échanges, non monétarisée, ou dont seuls les soldes se traduisent par des paiements, en liquide ou en chèques. La fuite, ce serait aussi un énorme développement de l'économie en liquide, où jamais aucune transaction n'est supposée avoir existé. L'attaque, ce serait un ras-le-bol dont la mesure annoncée aujourd'hui n'est qu'une grosse goutte qui fait déborder le vase. L'attaque, ce serait un retour des bonnets rouges, poussés par le syndrome de la murène : la murène n'attaque pas, sauf quand elle se sent bloquée dans son abri.

La monnaie liquide, c'est comme un exutoire dans une économie de confiscation. L'empêcher, c'est faire monter la pression et voir le couvercle exploser !

 

30/03 - Thierry Mandon, le socialiste réaliste

Ce matin, Thierry Mandon (l'homme de la simplification administrative au sein du gouvernement) s'exprime après la défaite de la gauche aux municipales.

Il regrette l'émiettement des candidatures de gauche et prône un rassemblement.

"Mais, ajoute-t-il, un rassemblement autour de positions de bon sens : la France est le pays développé le plus à gauche, le plus keynésien, où il y a le plus grand poids de l'Etat, le plus grand nombre de fonctionnaires, les plus importants transferts sociaux et tout ceci ne reste possible que tant que les marchés financiers nous font confiance. Moi, je crois qu'il faut d'abord produire ces richesses que l'on pourra ensuite redistribuer. Et je crois surtout à la micro-économie, celle qui s'applique à chaque entreprise, quelle que soit sa taille, beaucoup moins aux grands projets nationaux décidés par des politiques et gérés par des fonctionnaires."

Je n'aurais pas pu dire mieux. Un socialiste comme on les aime ! Puisse-t-il convaincre quelques frondeurs !