Archives Septembre 2014

01/09 - Time is Money (T=M)

Les Français qui travaillent rentrent donc de vacances. Les plus chanceux reviennent du soleil ; ils sont partis assez loin vers le sud pour le trouver. Les autres peuvent se consoler de rentrer, retrouver leur Home Sweet Home et basta ! le mauvais temps.

Ceux qui rentrent ont payé le prix fort pour ces congés annuels : haute saison oblige avec ses tarifs inflatés et la queue à tous les endroits. Mais ils travaillent !

Ceux qui ne travaillent pas ou qui ont la liberté de leur temps peuvent maintenant partir : moins de queues et des tarifs nettement discountés.

Nos politiques n'en tiennent pas assez compte : ceux qui disposent de leur temps peuvent se contenter d'un budget nettement inférieur à celui de ceux qui sont totalement contraints.

 

02/09 - Le contrôle des chômeurs

Notre Ministre du Travail demande à Pôle Emploi de contrôler que les chômeurs inscrits cherchent bien du travail.

L'intention est louable. Cependant, de nombreux témoignages m'informent de l'absence de neutralité politique des agents de Pôle Emploi. Ainsi, je crains fort que, si des abus sont constatés, ce soit simplement le fait de chômeurs qui ne pensent pas comme leurs contrôleurs. Les autres ne seront pas inquiétés.

 

03/09 - La place de l'argent

C'est aujourd'hui que l'imprimerie livre (sans jeu de mots) mon nouvel ouvrage qui tente de répondre à la question : "C'est quoi, la place de l'argent dans votre vie?"

 

Hasard des évènements : ce matin, je lis le très bon livre de Jean d'Ormesson, "Un jour, je m'en irai sans en avoir tout dit", le chapitre XIX, consacré au "règne arrogant de l'argent sur nos sociétés d'aujourd'hui".

Au début du chapitre, l'auteur ridiculise le poids de l'argent :"A côté de la pensée, de la parole, du temps, de la lumière, l'argent est très peu de chose. Presque rien en vérité."

Au milieu du chapitre, l'auteur change de discours :"Je n'ai pas rejoint le choeur des moralistes qui recherchent ce qu'ils dénoncent et qui condamnent ce qu'ils poursuivent. L'argent est un mal, bien sûr, mais un mal nécessaire."

Puis il semble conclure :" Je n'ai pas détesté m'en servir, mais j'ai toujours refusé de le servir."

 

Alors, Monsieur le Grand Auteur, voici ce que je peux vous dire, moi le petit prétendant écrivain :

"Dans le monde d'aujourd'hui, il faut être riche pour développer une pensée indépendante et pouvoir l'exprimer. Il faut être encore plus riche pour être écouté. Vous pouvez feindre de l'ignorer mais, croyez-moi, votre éditeur, lui, il le sait.

Le temps, c'est encore de l'argent. Le dicton qui l'affirme existe dans presque toutes les langues. Et j'en fais la démonstration dans "La place de l'argent".

Quant à la lumière, que doivent dépenser les Parisiens pour avoir un logement bien ensoseillé plutôt qu'un logement sombre ? Pour partir en vacances au soleil en hiver plutôt que de rester dans leur grisaille ? Pour réserver une cabine avec balcon extérieur du paquebot de croisière plutôt qu'une cabine aveugle ?

Pour une majorité de la population mondiale, gagner de l'argent ne se fait pas sans d'importants sacrifices. Ne laissez pas rêver les générations actives en leur disant qu'ils s'enrichiront en faisant ce qu'ils souhaitent alors que, pour la plupart, ils ne s'enrichiront en faisant ce qu'il faut pour s'enrichir. Non, Monsieur le Grand Auteur, l'histoire de l'humanité ne se déroule pas au Paradis Terrestre.

Enfin, vous illustrez dans ce chapitre une importante source de stress pour les Français : la schizophrénie. A force d'entendre et de répéter ce qui est "politiquement correct" et qui correspond de moins en moins à ce qu'ils pensent ou à ce qu'ils vivent, les Français souffrent d'un dédoublement de la personnalité, un autre mal dont ils n'ont vraiment pas besoin par les temps qui courent."

 

10/09 - Soldat de bois

Michel Sapin réunit à la hâte quelques journalistes avec micros et caméras pour nous faire un discours solennel, décidé, convaincu qu'il gardera le cap et que la France ne fera rien pour réduire son déficit budgétaire.

La France devient l'archétype de ces démocraties où l'on exprime avec fermeté que "le changement, c'est maintenant" et, au moment d'agir, que toute action aurait de pires conséquences que l'inaction. Refuser de réformer avec une telle force de conviction dans le ton et le choix des mots, c'est beau ! Beau comme un soldat de bois.

Quand à F. Hollande, combien de temps encore fera-t-il croire qu'il a demandé à M. Valls de constituer son gouverment ? Ce gouvernement ne comporte que des amis ou des proches du président : la ministre de l'environnement, la ministre de la justice, la ministre de l'éducation, le ministre du travail, le ministre des finances, le ministre de l'industrie,... Où voyez vous un ministre qui ne soit pas TOTALEMENT aux ordres de l'Elysée ?

J'ajoute que la majorité parlementaire est largement aubriste (voir notre leçon de politique du 29/08) et donc plus rose que rouge, fort loin de tout social-libéralisme. Notre premier ministre est donc un homme bien seul.

 

14/09 - Redresser le pays ... sur un coin de table

Ce nouveau titre pour mon livre "Redresser le pays, c'est si con?" m'est soufflé par Alain Minc lors de son interveiw de ce soir. Il affirme que l'exécutif peut dessiner son programme de redressement "sur un coin de table" et propose une mesure et demie: une TVA sociale de 1% par an sur 5 ans et l'aménagement du Code du travail, notamment le doublement des seuils sociaux. Ce sont des mesures que je soutiens mais qui me semblent quand même courtes pour rétablir cette confiance qu'il appelle de ses voeux.

Rappelons que mon livre recommande d'abord de tracer la ligne unique, forte et ferme, du redressement, qui passe par la création de richesse, priorité entre toutes les autres possibles. Puis il traite des deux facteurs principaux que sont le travail (moins subventioner l'oisiveté) et le capital (moins ponctionner ce qui finance l'économie réelle et en porte le risque).

Incidemment, le secrétaire général de FO critique la TVA sociale au titre "qu'elle ponctionne les foyers modestes de 20% et les foyers riches de 12%". Moi qui croyais, probablement naïvement, que les dépenses des foyers modestes commençaient par les dépenses de nécessité, généralement imposées à une TVA minorée de 5,5 à 10%.

Rappelons que le taux maximum est de ... 20%.

 

15/09 - Redresser le pays ... par le MEDEF

Si vous avez lu ma rubrique d'hier, la mesure proposée par le MEDEF ce matin dans les Echos va dans le bon sens. Il s'agit de revenir sur deux jours fériés dans l'année.

Mais vous voyez bien qu'elle "s'attaque" à une fraction de la population qui est déjà très sollicitée par le travail.

Dans "Redresser le pays, c'et si con ?", je recommande plutôt de moins subventionner l'oisiveté. Pourquoi cette mesure est-elle préférable à celle proposée par le MEDEF ?

1. Les oisifs visés sont ceux qui coûtent de l'argent à la communauté, par les absences, la retraite anticipée ou le chômage à répétition. Quand on les dissuade d'en abuser, non seulement ils coûtent moins, mais en plus ils rapportent par leurs cotisation. On fait coup double en diminuant les dépenses sociales et en augmentant les rentrées sociales.

2. Le statut de ces oisifs commence à énerver bon nombre de nos concitoyens qui ont le sentiment qu'il est, en France, plus facile de bien vivre en tendant la main qu'en travaillant.

3. Du moment où on règle avec une certaine rigueur le problème de l'oisiveté, on incite un plus grand nombre de personnes à voter pour des majorités "responsables", notamment des finances publiques, que pour la pérennisation d'un système pernicieux qui nous envoie dans le mur.

 

16/09 - Meilleur menteur

Hier, je reçois un document d'humeur : "Marre du France bashing", signé par Jean-Marin Serre. Il s'appuie sur des statistiques pour montrer que la France fait mieux que beaucoup de ses voisins, notamment allemand et britannique. A première vue, l'auteur parvient à me convaincre que la France peut se désoler quand elle se regarde et se consoler quand elle se compare.

 

Mais, après réflexion, j'ai noté :

1. Dans le calcul du PIB des différents pays, le travail de la sphère publique est comptabilisé à son coût alors que les richesses produites par les entreprises sont comptabilisées à leur prix de marché (ce que des gens sont prêts à débourser pour les acquérir). Dans la mesure où la France se distingue par une taille de son administration hypertrophiée, son PIB est ainsi "gonflé" d'une partie significative de prestations que les Français ne seraient probablement pas prêts à payer à leur prix de revient.

2. Ce qui est vrai de la productivité dans le privé ne l'est probablement pas de la productivité dans le public. On reconnait par exemple que la France dépense beaucoup plus que l'Allemagne pour son éducation nationale, avec des professeurs pourtant beaucoup moins payés et avec des résultats pour le moins contestables.

3. La démographie vient relativiser les comparaisons de PIB, dès le moment où on le divise par le nombre d'habitants. Ainsi, même si le PIB de la France évolue favorablement par rapport à l'Anglais ou à l'Allemand, le PIB par habitant est, lui, en net retrait par rapport à ces deux pays.

4. La dérivée de ces chiffres, ou la dérive de nos finances publiques et de notre compétitivité, ne nous est pas favorable, encore moins depuis 2012. Quand les autres pays semblent améliorer leur économie, la France enfonce la sienne, de plus en plus.

5. En laissant partir son industrie, ses talents, ses riches et ses entrepreneurs, la France ne fait plus rêver ceux qui pourraient le mieux contribuer à l'enrichir et à financer, de façon pérenne, sa générosité. On peut certes encore y réussir, mais c'est notoirement plus difficile que chez nos meilleurs voisins.

 

De cette réflexion sur un texte pourtant bien ficelé, je retiens que la France garde encore une incroyable capacité à faire illusion sur ce qu'elle est et sur son potentiel à court et moyen terme, sans avoir à se réformer. Bravo les Frondeurs !

 

18/09 - Les autoroutes du profit
L'Autorité de la Concurrence a laissé filtrer les résultats d'une enquête qui montre, si preuve était encore nécessaire, que les sociétés d'autoroutes s'engraissent excessivement et abondamment sur le dos de leurs clients transporteurs et automobilistes, avec des marges supérieures à 20%. Une bonne dizaine de recommandations traitent de l'art et la manière dont le gouvernement ne devrait pas se séparer de nos bijoux de famille et imposer des renégociations pour ramener un peu de décence dans la profitabilité de ces concessionnaires.
 

Oui, sauf que ...

Les sociétés d'autoroutes ne datent pas d'hier et dégageaient des résultats avant que l'Etat n'en vende les concessions. Il y a eu des appels d'offres, au plan européen, qui valorisaient ces concessions et ce sont les mieux disants qui ont hérité de ces concessions contre de solides apports en capital.

 

Alors, quelle explication les medias ne vous donnent-ils pas ?

Ils ne vous disent pas que les sociétés d'autoroutes, quand elles étaient contrôlées par l'Etat, servaient de placard dorés à nombre de membres de cabinets ministériels, permettaient de remercier des alliés au passage d'une élection gagnée, offraient l'opportunité de faire du clientélisme politique ou népotique à bon compte sur les caisses des dites autoroutes. Bref, pas que des bons gestionnaires à la tête des entreprises d'Etat, et donc pas que des bons résultats.

Les nouveaux concessionnaires ont, évidemment, changé ces pratiques et augmenté la marge de ces sociétés à la hauteur du coulage qui y existait précédemment. D'où la formidable rentabilité de ces concessions, dénoncée pour de mauvaises raisons par l'Autorité de la Concurrence.

 

19/09 - Inapte !

Notre (toujours) président a fait une conférence de presse hier pour annoncer qu'il faisait une pause dans les non-réformes. Mais il a une bonne raison : la croissance et la réduction du déficit public sont incompatibles.

 

Monsieur le Président, je vous livre ici deux pistes :

Vous avez déclaré, il y a déjà plus d'un an, un choc de simplification. Celui-ci aurait un effet de booster sur notre économie et n'est pas forcément budgétivore, bien au contraire. Votre majorité vous baillonne-t-elle sur cette promesse ?

Mon petit livre "Redresser le pays, c'est si con ?" a un peu été écrit en pensant à vous même si vous n'avez pas à vous reconnaitre dans l'apparente vulgarité du titre. Comme Mozart dit dans Amadeus, mon titre est peut-être vulgaire, mais le contenu ne l'est jamais. Il suggère, entre autres, de cesser de subventionner l'oisiveté. Admettez qu'il s'agit là d'une proposition qui non seulement peut réduire la dépense mais elle peut également augmenter les recettes.

 

Comment avez-vous pu balayer tous les obstacles lors de la course à l'Elysée et, une fois au service de la France, démontrer en permanence votre incapacité à changer ce qui doit l'être ? A moins que vous ne vous considériez toujours pas au service de notre pays tellement le sens de votre intérêt personnel l'emporte ? A ce titre, la lecture du livre de votre ex, et quelles que soient les critiques que l'on puisse en donner, est lumineuse. Page après page, elle décrit chacune de vos petites tactiques (mensonges, non-dit, promesses, ...) pour éviter de traiter des sujets sensibles.

 

22/09 - Taxe sur le Foncier Constructible

Longue discussion sur cette proposition de taxe, que je propose, sur les seuls terrains constructibles et construits, taxe qui évite soigneusement de toucher toute forme de bâti.

Je rappelle qu'il s'agit ici de taxer les terrains pour plusieurs raisons :

- Les autres impôts sur l'activité des agents économique (revenus du travail et/ou du capital) commencent à avoir des effets regressifs (moins de recettes) et recessifs (moins de croissance) quand les taux sont trop élevés, ce qui est le cas de la France depuis maintenant de trop nombreuses années.

- La propriété d'un terrain n'est pas aussi totalement légitime que ce que l'on construit dessus. Notamment, il ne s'agit pas d'un bien produit et ce bien ne produit pas "en soi" de richesses. Par contre, la pleine propriété de ce bien peut provoquer des verrous pour l'économie et pour le bien-être des autres : les terrains laissés en friche dans les zones à haute tension d'habitation nuisent à la construction et au bon logement des personnes.

- Les plus values de ces terrains ne sont pas non plus totalement légitimement acquises à leurs propriétaires, tant celles-ci dépendent quasi-seulement de facteurs exogènes comme la démographie et les efforts publics d'investissements en infrastructures (routes, écoles, ...).

- Une saine politique de fiscalisation de ces seuls terrains permettrait de générer un sain renouvellement des urbanismes, puisque les propriétaires plus fortement imposés sur les terrains auraient plus à coeur de les valorsier en permanence.

 

23/09 - Taxe sur le Foncier Constructible (suite)

En quoi ma proposition de TFC améliore-t-elle l'actuel système de taxe foncière ?

Premier exemple : un propriétaire achète un terrain pour 100.000 euros et fait construire une maison pour 200.000 euros. Après 5 ans, il paie une taxe foncière de 3.000 euros (environ 1% du coût de son logement). Si la TFC remplaçait totalement la taxe foncière, avec un taux de 3% sur le terrain, il paierait également 3.000 euros par an. Néanmoins, dans le nouveau système, il a intérêt à choisir un terrain un peu moins grand (parce que taxé) et à construire une maison plus belle (parce que non taxée). La TFC a encouragé l'activité bâtiment et préservé de la surface pour d'autres logements.

Second exemple dans le Triangle d'Or parisien où le terrain est beaucoup plus cher que les immeubles. Une taxe de 3% aura comme effet d'obliger les propriétaires à rentabiliser ce terrain, ce qui est d'autant plus facile que le bâti ne sera pas, ensuite, imposé selon le même taux (lourd) de taxe foncière. On encourage ainsi une densité urbaine souhaitée par les gestionnaires pour optimiser les infrastructures.

Le jour où les immeubles deviennent vétustes, ils perdent de leur valeur économique et le propriétaire doit soit céder le terrain soit reconstruire des immeubles viables. Alors qu'aujourd'hui, la taxe foncière assise sur la valeur locative n'impose aucun effort particulier de modernisation.

 

24/09 - Taxe sur le foncier constructible (suite et fin ... pour cette semaine)

Un des résultats attendus de la TFC est de faire baisser le prix des terrains constructibles, libres ou occupés, parce que la hausse régulière et quasi-mécanique de ces terrains est largement mangée par la taxe.

Un second résultat est de mettre ces terrains sur le marché, à un prix plus bas, donc.

Un troisième résultat est de diminuer, à prestations égales, le prix des logements, des commerces et des bureaux, et donc de donner du pouvoir d'achat aux résidents et de la marge aux professionnels concernés.

Un quatrième résultat est d'encourager la construction : meilleure là où le pouvoir d'achat par ménage est élevé et plus dense là où le budget familial est limité ; idem pour les constructions professionnelles. On peut ainsi augmenter la part du bâtiment dans notre économie.

Un cinquième résultat est de favoriser l'évolution urbanistique.

Un sixième résultat, si on décide d'avoir une part nationale de cette taxe, en plus d'une part locale, est de permettre une peréquation de recettes entre les villes "riches" et les villes "pauvres", diminuant ainsi la nécessité de recourir à la contrainte pour réaliser un minimum de mixité sociale.

Un septième résultat est d'abonder, ne serait-ce qu'un peu, les caisses publiques puisqu'il s'agit d'un impôt nouveau qui ne porte pas sur l'activité des agents économiques et dont le taux sera forcément limité, du moins au départ.

Et cette liste d'avantages ne fait que commencer ...

 

25/09 - L'offre et la demande

Il s'agit d'un des poncifs les plus néfastes à une saine action de politique économique. Selon ses tenants, une politique de l'offre est promise à l'échec puisqu'elle ne créée pas de marché.

Vous sentez immédiatement que cette proposition est fausse.

Une offre nouvelle, moins chère ou de meilleure qualité, permet à des clients qui n'avaient pas les moyens d'en profiter et à des clients exigeants de trouver la prestation ou le produit qui leur convient. Ceci dans un premier temps.

Dans un second temps, celui qui soutient l'offre nouvelle par son travail ou son capital en reçoit le salaire ou le dividende : son pouvoir d'achat s'en trouve augmenté et il peut à son tour plus et mieux consommer ou plus et mieux investir.

Arrêtons donc de laisser affirmer, sans le mettre en doute, qu'une politique de l'offre n'est pas une politique de la demande, voire doit lui être opposée.

 

26/09 - Dialogue social

Ils sont des centaines à se précipiter au-devant des micros des journalistes : politiques, syndicalistes, représentants de je ne sais quelle organisation patronale ou associative, universitaires, ....

A quoi reconnait-on qu'ils n'ont rien à dire ?

A ce qu'ils sont focalisés sur UNE solution pour tous nos problèmes : parler ! Parfois, il s'agit de SE parler, "renforcer le dialogue social", "mettre tous les acteurs autour d'une table", etc. Surtout, ne jamais mentionner une solution concrète, des fois qu'on leur propose de la mettre en oeuvre ou qu'ils en deviennent les victimes.

Vous m'avez compris : ce pays appelle de plus en plus au bavardage. Au moins, pendant ce temps, on a une bonne excuse pour ne rien faire. D'ailleurs, on ne fait rien, sauf quelques promesses destinées à ne pas être tenues.

 

28/09 - La provocation des patrons

Parmi les poncifs du débat économique et les politiques, il y a la place des patrons dans notre société. En publiant leurs propositions pour l'emploi en France, l'opinion publique (médias, syndicats, politiques, experts, ...) a réagi en parlant de "provocation".

Soit ! Les patrons ne devraient pas s'occuper d'emploi pour un certain nombre de raisons. D'abord, ce n'est pas l'objectif de l'entreprise de créer de l'emploi, celui-ci n'étant qu'une conséquence de sa réussite. Et puis nos patrons ne sont pas crédibles quand ils s'expriment sur l'emploi. Pourquoi ? Parce qu'on suppose toujours que les propositions qu'ils avancent servent leur intérêt personnel avant de servir l'intérêt de leur entreprise, puis éventuellement l'intérêt du reste de la collectivité.

D'ailleurs, je constate que de nombreux patrons "votent avec leurs pieds", comme l'on dit des actionnaires, en limitant leurs objectifs ou en allant investir ailleurs. Et puis je constate aussi qu'une bonne centaine de patrons voient leur entreprise disparaitre chaque jour, pour cause de difficultés diverses, internes ou externes.

L'analyse que je fais de tout ceci est que le patron français est essentiellement fragile et éphémère. Il aurait raison de faire un lobbying intelligent pour que la science économique (l'art et la technique de la création de richesses) soit plus répandue dans l'opinion publique et se reflète dans la loi et la fiscalité. Il a tort de se mettre en avant pour tenter de convaincre qui que ce soit de quoi que ce soit.

La même analyse me montre que l'opinion publique fait une grave erreur en pensant qu'il existe une classe de "patrons", pensant implicitement aux patrons français. En effet, les patrons strictement français n'ont, pour la très grande majorité, que l'intérêt de leur entreprise en tête, ne serait-ce que parce que leur intérêt y est totalement lié. Ces entreprises qui réussissent nécessitent autant d'attention et d'engagement pour se développer que les entreprises qui peinent n'en nécessitent pour rester en vie. Ces patrons ont le nez dans le guidon. On peut leur compliquer la vie ou diminuer encore la compétitivité de leur entreprise : il en restera de moins en moins et l'emploi (Ah bon ? Vous revenez donc à l'emploi ?) ne s'en trouvera pas amélioré.

 

29/09 - Patron social

Il fut un temps où je louais 300 m2 de bureaux au centre de Tokyo. Mes salariés étaient essentiellement des ingénieurs qui arrivaient vers 9h30 le matin, après le grand rush matinal dans les trains et le metro, et repartaient vers 17h30 le soir, avant l'autre rush quotidien.

J'avais comme voisin Mr Son, le fondateur de Soft Bank. Nous nous rencontrions et un jour nous nous sommes montrés nos bureaux respectifs. Moi, très fier de mes trente salariés bien installés devant des ordinateurs ultra-modernes et avec suffisamment de place. Lui, très fier de ses 60 postes de travail qui tournaient en 3 huit afin de rentabiliser à la fois la place, chère à Tokyo, et le matériel informatique de base.

35 ans plus tard, mes ingénieurs de l'époque travaillent dans de multiples entreprises. Beaucoup des collaborateurs d'origine de Mr Son l'ont suivi, ont participé à sa formidable aventure (Soft Bank a été actionnaire d'origine de nombreuses start-ups devenues multi-milliardaires, jusqu'à Ali Baba) et sont, à leur tour, devenus multi-millionnaires.

Le patron social que j'ai été n'est plus sûr d'avoir fait le bon choix, y compris pour l'intérêt bien compris de ses collaborateurs. Alors je me console en me disant que, de toutes façons, en France je n'aurais pas pu copier les méthodes de Mr Son.

 

30/09 - Redresser le pays et combler le trou de la Sécu

Débat surréaliste sur BFM Business à propos de l'évolution des finances de la Sécu.

Selon nos experts, il s'agirait du vieillissement de la population, de l'irresponsabilité des patients et des maillons de la chaine de santé, ou du stress au travail. En même temps, aucun de ces experts ne voit de solution concrète pour ne serait-ce que de ralentir le creusement du trou de la Sécu.

Alors, je vous remets en tête certaines des propositions de l'excellent livre "Redresser le pays, c'est si con ?"

La population vieillit ? Ce livre propose de ne pas freiner le travail de ceux qui veulent continuer à travailler, mais de l'encourager. Ainsi, au lieu de devenir des sources de dépense pour la Sécu, il resteront, quelques années encore, des sources de recettes.

Patients et soignants seraient financièrement irresponsables ? Ce livre propose de revenir au délai de carence qui avait fait ses preuves dans le secteur public. En plus, je propose également que l'on cesse d'indemniser les jours fériés car il est actuellement possible de gagner plus sans travailler qu'en travaillant.

Le stress au travail aurait d'importantes répercussions psycho-somatiques ? Je considère que l'une des causes de ce stress provient du trop grand écart qui existe entre le coût du travail pour l'employeur -- celui qui décide combien doit générer chaque salarié à son entreprise pour amortir son coût -- et ce qui reste net au salarié pour le secteur marchand, environ un quart de son coût. L'ensemble des mesures proposées va dans le sens d'une réduction de cet écart.

Par ailleurs, ce livre propose une nouvelle définition du travail : "Activité utile, efficace et agréable". Je reconnais que la mise en place de cette définition dans l'entreprise ne va pas de soi. Cependant, si une telle définition était portée par les responsables, politiques, patronaux et syndicaux, ainsi que par les médias et quelques autres leaders d'opinion, elle pourrait progresser concrètement et, ainsi, vaincre une partie de ce stress au travail qui concerne la majorité des actifs.