Archives Novembre 2014

03/11 - Cherchez les boucles

Imaginez l'économie comme un gigantesque sac de noeuds. Idem le problème de la réduction du déficit budgétaire. Pour bien dénouer le sac de noeuds, cherchez les boucles. C'est déjà ce que me disait mon instructeur de parapente quand mes suspentes se retrouvaient, au sol heureusement, trop emmélées.

Merci à Emmanuel Lechypre de m'avoir invité à son émission "La librairie de l'Economie", à propos de deux livres, "Libérez les motoristes" et "Le cours". Vous pouvez faire le replay de cette émission du 31 Octobre. Ou la télécharger grâce à ce lien : http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/la-parole-aux-auteurs-alie-cohen-et-et-patrick-bord-3110-343417.html

 

"Le cours" donne un excellent exemple de boucle : il propose un impôt qui en remplace d'autres ET qui déverrouille le marché de l'immobilier. D'un côté, il rapporte et de l'autre côté, il peut permettre de diminuer la très, trop coûteuse politique du logement en France.

"Redresser le pays, c'est si con ?" donne un autre exemple de boucle. D'un côté, on économise en cessant de subventionner l'oisiveté et de l'autre côté, on constatera que des oisifs par choix continuerons de travailler ou se remettront au travail et génèreront ainsi les précieuses ressources qui manquent tant à notre Etat.

Un observateur attentif n'aura aucun problème à trouver d'autres boucles susceptibles de nous sortir de l'ornière fiscale.

 

04/11 - Plus aucune décence

On voit qu'un pays est aux abois quand il n'y a plus de limite au savoir vivre ni au savoir être. Que la France cherche à minimiser les dommages et intérêts dus à Ecomouv en contrepartie des investissements réalisés et de l'abandon de l'écotaxe, c'est de bonne guerre, à la limite ... Que la ministre en charge du dossier affirme son intention de tout mettre en oeuvre pour que l'Etat ne respecte pas sa signature, voici qui montre un manque flagrant de décence.

Cet exemple pourrait être isolé. Il ne l'est malheureusement pas. L'agressivité de la France envers ses partenaires de l'Eurozone alors qu'elle met si peu en oeuvre pour réduire son déficit budgétaire, son choc de simplification contredit chaque jour par la sortie de décrets d'application toujours plus complexes à respecter, ces baisses de dépenses qui n'en sont pas, ces promesses de "pas de nouveaux impôts"démenties chaque jour par une nouvelle annonce fiscale, ...

Il est possible que nos responsables, pris individuellement, ne soient pas médiocres. A vérifier. Mais, collectivement, il était inimaginable qu'un pays comme la France puisse produire autant de médiocrité. Voici qui explique à la fois le rejet et le dégoût que l'ensemble des stake-holders, ceux qui sont touchés directement et indirectement, nous expriment régulièrement.

 

05/11 - Rapatrier les capitaux des Français

Il est un sujet dont je n'ai pas parlé dans mon excellent livre "Redresser le pays, c'est si con ?". Il s'agit du rapatriement des capitaux que des Français détiennent à l'étranger. Mais d'autres s'emparent de ce sujet, comme d'un objectif.

 

Voici mon point de vue :

Evidemment, on peut avoir en vue que le capital, tous les capitaux quels que soient leurs propriétaires, (re)viennent s'investir en France pour participer à notre redressement économique. Notons tout d'abord que c'est déjà le cas, l'Etat à lui seul "pompant" près de 100 milliards d'euros supplémentaires chaque année du fait de son déficit budgétaire.

Pour que l'argent expatrié revienne, une condition nécessaire mais pas suffisante serait que leurs possédants reçoivent des signes forts de confiance. Malheureusement, ceux qui ont lu ma tribune d'hier savent que l'Etat n'a aucune parole, qu'il fera n'importe quoi pour boucler ses fins de mois et que la notion de propriété privée est pour le moins aléatoire dans notre pays, sans même parler de faire fructifier nos patrimoines.

A tel point que, non seulement je n'envisage pas que l'argent revienne, je constate plutôt qu'il continue de partir, sous toutes ses formes : avec les gros contribuables, avec les meilleurs talents, avec les plans de développement des entreprises qui s'internationalisent de plus en plus.

On peut faire un parallèle avec le budget de l'Etat : la dette est de 2.000 milliards, le déficit est de 100 milliards, il ne s'améliore pas. Idem l'argent des Français (et de leurs entreprises) à l'étranger : un stock élevé, des sorties nettes significatives, pas de diminution en vue.

Ensuite, on peut se poser des questions sur le traitement des sommes qui pourraient rentrer en France. La plus mauvaise suggestion que j'ai entendue est que ces sommes soient mises, provisoirement, à la disposition de l'Etat, dans une sorte de sequestration. C'est prêter encore beaucoup de crédit à un Etat qui ne suscite pas tant de confiance.

 

13/11 - Faire comprendre la fiscalité sur les revenus du capital

Beaucoup de journalistes, beaucoup d'hommes politiques, n'ont qu'une vision très limitée de la vie d'un investisseur, même si la majorité socialiste a maintenant démontré par l'absurde l'importance de l'investissement dans les fonds propres des entreprises.

Au cours d'une discussion, j'ai demandé à l'un d'eux :

"Il existe des fonds qui promettent 50% de la hausse et un maximum de 10% de la baisse du marché. Vous en achèteriez ?"

Sa réponse :"Oui, probablement."

"Et maintenant, si ce fond vous proposait seulement 60% de la hausse et 100% de la baisse. Vous en achèteriez ?"

"Non, évidemment."

"Eh bien, c'est exactement ce que propose l'Etat, après fiscalité, à une part significative des investisseurs."

 

14/11 - Doit-on aller vers plus de fédéralisme en Eurozone ?

De plus en plus "d'experts" se lamentent sur la situation économique de l'Eurozone et affirment qu'il n'existe aucun exemple historique réussi de monnaie commune sans perte de souveraineté budgétaire.

Peut-être ! Ou peut-être pas ... En tout cas, ils prônent plus d'intégration budgétaire et donc une partielle perte de souveraineté.

Mon point de vue est significativement différent.

Mettons-nous à la place des Allemands : Qu'est-ce qui leur garantirait l'existence d'une majorité de pays de l'Eurozone en faveur d'une politique budgétaire rigoureuse ? Une fois mis en minorité, ils devraient accepter la généralisation des politiques laxistes -- c'est quand même la voie de la facilité et de la démagogie -- et les dérives qui les accompagnent généralement. Dérives dont ils seraient les premiers garants, donc les premiers perdants.

Juste en ce moment, et depuis plus de 3 ans quand même, je regrette que les marchés financiers ne soient pas plus incitatifs à une saine politique budgétaire en exigeant des rémunérations supérieures de leurs prêts souverains à des Etats manquant par trop de rigueur et de discipline budgétaire.

Tiens, par exemple, la France : Beaucoup, dans notre pays, pensent que les marchés financiers ont raison et ne voient pas de raison de s'inquiéter. Ils forment même une majorité ... à l'Assemblée Nationale. L'homme de la rue semble, lui, penser que les marchés financiers se trompent presque toujours mais finissent par corriger leurs erreurs. Le plus souvent, assez brutalement d'ailleurs. Alors, il se prépare à cette correction.

 

16/11 - Monsieur le Secrétaire Général du Parti Socialiste

"Sous le titre "Gare à la pente déflationniste !", vous publiez une tribune dans Le Monde daté de ce jour, avec ce sous-titre "Il faut relancer l'investissement contre l'austérité qui engendre le populisme."

Le discours est beau, mais les arguments sont faux.

Nos économies manquent de tonus ! Je suis d'accord. Mais à qui la faute, sinon à ceux qui découragent le travail et l'investissement par une taxation excessive, au profit de ce que vous appelez une économie sociale qui serait légitimée par l'intérêt général ? Une partie de vos élus, à commencer par ceux de notre gouvernement, est déjà convaincue que l'intérêt général passe par une relance de la machine à produire des richesses et non par plus de tranferts sociaux.

Permettez-moi d'écrire tout haut ce qu'ils disent tout bas : l'économie sociale sert d'abord des groupes de pression, des clientèles électorales, des intérêts particuliers et s'éloigne de plus en plus visiblement de l'intérêt général.

Vous mélangez beaucoup de notions qui n'ont que peu de rapports avec votre démonstration suposée économique. Vous nous parlez d'islamophobie. Je ne suis pas sûr que les Français soient un peuple islamophobe. Ce que chacun, dans le monde, peut constater, c'est que les plus acharnés adversaires de l'Islam se déchainent aujourd'hui dans les pays majoritairement musulmans : Lybie, Syrie, Irak, Afghanistan, Egypte, ... vivent des guerres de religion analogues à celles qui ont divisé l'Europe jusqu'à récemment (encore l'irlande à la fin du 20e siècle).

En conclusion, vous souhaitez manifestement un investissement public. Pourquoi pas s'il n'est pas seulement destiné à cacher la médiocrité de vos politiques publiques pour une clientèle qui en profite sans modération ?"

 

19/11 - Mr Macron critique les retraites chapeau

"Monsieur le Ministre,

Une fois encore, je suis d'accord avec vous. Il est des retraites chapeau qui choquent l'opinion publique. Prenons le cas des parlementaires. Rappelez-nous combien de mandatures leur rapportent combien de retraite ! Les patrons qui bénéficient d'une importante retraite chapeau l'ont négociée avec les administrateurs qui sont venus les chercher. Tandis que les parlementaires n'ont eu qu'à se les voter à eux-mêmes. Vous avez donc raison, il est des retraites chapeau qui choquent l'opinion publique."

 

20/11 - La vie en rose

Valeurs actuelles publie une libre opinion sur les économistes dont la définition est : personne capable de parler d'économie. Bravo ! Bien trouvé !

Je lis plein d'études dites scientifiques parce que bourrées de chiffres, de statistiques et de graphes. Et je rencontre de plus en plus de personnes qui profitent du travail non ou partiellement déclaré. Ces personnes ne sont pas dans les statistiques, en tout cas pour la partie non déclarée. Mais elles vivent, parfois bien, et elles abondent nos résultats qui, par conséquent, ne sont pas aussi noirs qu'on nous les présente.

Alors, est-ce toujours aussi grave si le budget de l'Etat n'est pas aussi bouclé que le souhaitent nos partenaires européens ? Que celui qui n'a pas d'économie souterraine nous lance la première pierre.

Elle est pas belle, la vie ?

 

21/11 - Transgression et crédibilité

Quand on a le pouvoir, on peut jouer de la modération, des demi-mesures, de la langue de bois, des attermoiments, de l'inertie, de la prévision optimiste. Et décrédibiliser toute personne qui viendrait à critiquer l'existant.

Quand on est simple opérateur de la vie économique, la "France d'en-bas", membre des classes moyennes, ou seulement observateur de l'évolution économique et sociale de notre pays, on a envie de crier sa colère, pour les premiers, ou sa vision alarmiste.

Plusieurs générations de "politiquement correct" ont conditionné les Français à donner plus de crédit à ceux qui parlent doucement des programmes les plus dépassés qu'à ceux qui se sentent obligés de parler haut et fort, voire de jouer de la transgression, pour espérer être écoutés, à défaut d'être entendus.

Nicolas ne passe pas mieux que François, tandis que Marine fait décoller le parti de Jean-Marie.

 

24/11 - Restos du coeur

J'ai aimé Coluche, son humour, ses dénonciations et sa générosité. J'ai un infini respect pour les Restos du coeur et l'aide qu'ils apportent à un nombre croissant de pauvres et de démunis.

Alors, d'où vient mon malaise quand je regarde les émissions qui leur sont consacrées ? Non, ce n'est pas parce que je n'ai pas choisi cette cause particulière pour exercer ma solidarité ! Et oui, tant de pauvreté me révolte !

Les associations caritatives s'efforcent de traiter les conséquences de la pauvreté: la faim, le logement, les habits, etc. Elles sont manifestement utiles, notamment en ces temps de crise.

Mon malaise, je le sais maintenant, vient de ma colère, de ce que si peu de nos responsables politiques aient le courage de s'attaquer aux causes de la pauvreté. Bien au contraire, ils me semblent chaque jour chercher à justifier leurs avantages en imposant plus de contraintes à ceux qui travaillent, investissent, entreprennent, gèrent, prennent des risques, se constituent un patrimoine en espérant ne jamais avoir à tendre la main !

Chacun peut s'interroger sur ce qui devrait conduire notre action, entre la prévention de la pauvreté ou son traitement.

 

25/11 - Alain Madelin et la TVA sociale

Alain Madelin connait bien l'économie et il sait que je sais parce que j'ai suivi ses cours. Merci pour votre pédagogie, Monsieur Madelin.

Pourtant, il se trompe quand il contredit Christian Saint-Etienne sur l'intérêt de la TVA sociale.

Son argument qu'"un produit n'a jamais payé d'impôt" n'est simplement pas pertinent pour juger de l'intérêt de la TVA sociale.

Voici un exemple concret et proche de nous : Peugeot, Citroën et Fiat produisent la même gamme de fourgons. La question est : la TVA sociale est-elle susceptible de favoriser une implantation de la production en France plutôt qu'en Italie ?

Si on prend l'hypothèse d'une TVA sociale de 1% qui permet de diminuer les charges sociales de 3% du cout du travail en France, tous les autres facteurs étant égaux par ailleurs, on améliore bien la compétitivité du choix "made in France" de 3% du cout de la main d'oeuvre sur tous les fourgons fabriqués, même à destination de l'étranger. Une solution donc susceptible de ramener des investissements et des emplois industriels en France.

CQFD.

Ce qui n'empêche pas de donner raison à Monsieur Madelin sur l'impérieuse nécessité de réduire l'ensemble des prélèvements sur le capital et ses revenus.

Demain, Monsieur Madelin, je me permettrai de critiquer votre discours sur l'économie de la connaissance.

 

26/11 - Alain Madelin et l'économie de la connaissance

Quand Alain Madelin affirme que le 21e siècle est celui de la connaissance, il a raison.

Mais alors pourquoi noyer cette affirmation (le signal) dans un mélange de considérations négatives sur le travail (le bruit) ? A écouter les experts de ce mardi 25, notre planète manquera d'emplois parce que nos usines sont de plus en plus automatisées.

On constate, bien au contraire, que dans les régions développées qui ne restreignent pas le droit au travail, les emplois liés à l'économie de la connaissance se multiplient et le chomage est quasi-inexistant.

La France n'est pas un bon exemple : le travail y est limité par les 35 heures, la fermeture du soir et du dimanche, les syndicats politisés, le zèle des inspecteurs du travail, l'instabilité fiscale, les normes européennes, le départ en retraite anticipé, la tolérance à l'égard de l'absentéisme, l'indemnisation parfois incitative au chomage, les 32% de PIB en transferts sociaux, la promotion par les médias de tous ceux qui se sentent victimes, ...

La Californie est un bon exemple, où chacun est incité à se lancer dans l'aventure industrielle et où la réussite ne connait pas de limite. Apple vaut 700 milliards de dollars (rappelons que le PNB de la France est de 2.000 milliards d'euros, à peine 3 fois la capitalisation d'Apple). Derrière, des milliers d'entreprises dépassent le milliard de capitalisation. On parle de "grand capital" et certains le honnissent. C'est oublier un peu rapidement l'histoire de ces entreprises, souvent nées à l'université ou dans un garage par des jeunes aussi doués que motivés ... justement issus de l'économie de la connaissance.

Maintenant, on peut retrouver des histoires semblables et à grande échelle en Chine, en Corée du Sud, à Singapour, ... En France, nous en avons aussi, mais qui restent des exceptions, précisément parce qu'on ne laisse pas le capitalisme aider efficacement et dans la durée les projets de nos enfants prodiges. Ceux qui réussissent quand même se trouvent, statistiquement, démotivés ou empêchés de constituer les ETI dont nous affirmons avoir tant besoin.

Alors oui, l'économie de la connaissance peut permettre la création de nouveaux emplois et non ce n'est pas elle qui nous fait défaut en France, mais l'acceptation de ce qui peut créer de l'emploi : la réussite des entreprises par la libération du travail et du capital, la légèreté administrative et la reconnaissance que la population devrait vouer aux entrepreneurs.

 

27/11 - Les risques de la déflation

Les experts nous parlent beaucoup des risques de la déflation. Malheureusement, il n'en ont qu'une connaissance livresque et ne font que répéter, en les déformant, des propos qui ont circulé de génération en génération. Ils n'en connaissent souvent ni les causes, ni les effets. La dernière grande déflation connue date des années 30 en Europe. On sait que les périodes de fortes inflations qui l'ont précédéeet suivies sont beaucoup plus nombreuses.

Le rôle psychologique de la déflation pourrait être essentiel en ce qu'il tend à retarder les achats de biens durables dans la mesure où on espère que les prix baisseront. Dans nos sociétés modernes cependant, fortement impactées par les prélèvements obligatoires, l'inflation perçue est nettement supérieure à l'inflation calculée et ce rôle psychologique devient négligeable.

De plus, avec la mondialisation, la concurrence généralisée est un moteur de stabilité ou de diminution des prix, avec trois importantes limites : l'envolée des matières premières sur le long terme, l'envolée des couts liés à la protection de l'environnement et l'amélioration de l'offre technique et fonctionnelle des produits durables.

Les banques centrales sont toutes intervenues pour prévenir la déflation et elles ont déjà obtenu une hausse significative du prix des actifs tangibles (immobilier, matières premières, parts d'entreprises). Elles ont aussi créé un effet richesse qui tend à soutenir une certaine demande.

La solidité des banques a été renforcée, du moins dans l'Union monétaire européenne, par la responsabilisation des prêteurs aux spéculateurs. Celui qui joue peut gagner, mais il peut aussi se trouver lessivé sans que qui que ce soit d'autre n'en soit la victime, notamment le contribuable. L'exception qui confirme la règle devrait être le prêt aux pays souverains incapables de se désendetter. Suivez mon regard.

Quant au Japon dont on parle tant, on ne doit pas occulter qu'il s'agit d'un pays vieillissant, dont la population a une culture de la frugalité. Après une phase de spéculation excessive, le vif et profond repli du prix des actifs a généré un mouvement qu'il était difficile d'arrêter. Son niveau de vie reste l'un des plus élevés au monde. Son taux de chômage est de l'ordre de 5% et la population se prend globalement en charge. Son économie ne souffre peut-être que d'une saturation des besoins courants.

Pour le moment, je n'en tire pas plus de leçons que cela : l'avenir nous dira si le combat contre la déflation mérite de risquer une possible hyper-inflation.