Archives Juin 2014

02/06 - Et pourtant ... elle tourne

Apprendre que c'est la Terre qui tourne sur elle-même pendant qu'elle tourne aussi autour du Soleil, plutôt que le Soleil tournant autour de la Terre ... A ses incrédules accusateurs, Galilée répétait : "Et pourtant ... elle tourne !"

Une dette publique dépassant notre PIB, un déficit public qui continue à l'alimenter, un déficit commercial abyssal, un président sans vision, sans volonté, incapable de dire ce qu'il fait ou de faire ce qu'il dit, rejeté de son peuple et même des élus de sa propre majorité, des frondes régionales et sectorielles, des partenaires sociaux incapables, un ras-le-bol généralisé se traduisant par le plus gros score protestataire de notre histoire, etc.

Rajoutez-en autant que vous voulez, le choix est presque infini.

Et pourtant, la France s'installe dans cette lente décadence qui ressemble au syndrome de la grenouille dans l'eau froide sur le gaz : on nous dit que la grenouille se sent de mieux en mieux à mesure que l'eau chauffe et qu'elle s'endort avant même de réaliser qu'elle va mourir. J'adhère à cette analogie.

Et je rêve que nos prêteurs se mettent à trainer les pieds, à leur tour. Car, alors, on peut espérer qu'arriveront à notre chevet des gens qui sauront prendre les décisions et les faire appliquer : Bruxelles, BCE, FMI. Car, en matière de bon usage de notre souveraineté, nous ne sommes actuellement pas exemplaires !

 

03/06 - Déflation : que peut faire la BCE ? Et les Etats ?

Les journaux nous livrent une vision mécanique de la déflation qui nous guette (cf. l'article très représentatif du Monde de ce jour). Dans un univers économique fermé et figé, la baisse des prix provoque un renchérissement des dettes, des inerties à la consommation et donc une récession qui alimente à son tour la baisse des prix.

Dans cet univers, les outils de la BCE sont déjà largement épuisés ou simplement indisponibles : baisse des taux, prise en charge des dettes publiques et/ou privées.

 

Par contre, j'affirme que les outils à la disposition des Etats sont encore considérables : 

  • Arrêter de subventionner l'oisiveté (état de celui qui ne travaille pas alors qu'il le pourrait) sous toutes ses formes (chomage, santé, retraite) oblige un certain nombre d'acteurs économiques (3% de la population active suffisent) à passer du statut d'assistés (coûteux pour la collectivité) au statut de créateur de richesses (contributeurs nets à la collectivité). Dans mon livre "Redresser le pays, c'est si con ?", j'ai donné quelques pistes sur la façon d'arbitrer en faveur du travail, mais il en existe beaucoup d'autres.
  • Recapitaliser les entreprises, non pas en leur prêtant plus d'argent mais en favorisant la levée de fonds propres, les renforcera, leur évitera de licencier, pour les plus faibles, leur permettra d'embaucher, pour les autres. Le coût du capital est une variable importante de la compétitivité des entreprises, essentiel à leur création, à leur développement et à la création d'emplois mieux rémunérés car plus productifs. Le verrou à lever ici, c'est la fiscalité sur le capital et sur ses revenus, totalement inadaptée à une économie ouverte !
  • Réintroduire la bonne gestion dans tout le secteur de l'économie publique. Ceci passe par une évolution des pratiques de l'administration et des services sociaux vers celles des entreprises. Les salariés n'ont pas à être rémunérés sur de seuls objectifs économiques, mais ils doivent aussi être rémunérés en fonction de tels objectifs.

L'effet macroéconomique de ces mesures est de créer plus de richesses, donc plus de pouvoir d'achat collectif, même si les prix de revient baissent, entrainant les prix à la consommation ... dans un premier temps.

Alors que, aujourd'hui, la peur généralisée du lendemain pénalise aussi sûrement la consommation, celle-ci fut-elle aidée par les transferts sociaux.

 

04/06 - Suggestion d'optimisation fiscale ... à l'Etat

Je suis interpelé sur ma proposition d'hier d'aider à la recapitalisation des entreprises. Il existe de nombreuses façons d'aider.

 

En voici une :

En France, l'impôt sur les bénéfices nets des entreprises varie aux environs de 35%, selon l'assiette réelle retenue par les contribuables.

L'impôt des particuliers sur les plus-values est calqué sur les autres revenus, auxquels il s'ajoute d'ailleurs.

Les dividendes bénéficient d'une franchise de 40% avant d'être imposés comme un revenu.

On voit tout de suite que cette fiscalité est lourde pour les entreprises, surtout au moment où les autres pays diminuent significativement leur impôt sur les sociétés.

On voit également que la comparaison entre la fiscalité des dividendes et des plus values est un découragement :

  1. à prendre des risques ; il vaut mieux investir dans l'immobilier ou un bon service public aux revenus récurrents et aux dividendes réguliers (mais qui ne créent pas d'emplois nouveaux) que dans des entreprises jeunes, risquées, prometteuses, en expansion, ... qui pourraient créer d'autant plus d'emplois qu'elles en auront les moyens ;
  2. à réinvestir complètement les bénéfices ; en effet, une société à croissance molle (la très grande majorité actuellement en Europe) verra ses actionnaires moins taxés si l'argent sort en dividendes que s'il est réinvesti et se traduit par une plus-value (40% moins taxé, exactement).

Une suggestion serait donc de diminuer à la fois le taux ou l'assiette de l'IS et le taux ou l'assiette des plus-values, quitte à alléger la franchise de 40% sur les dividendes distribués, seulement pour éviter d'aussi nocifs découragements.

 

12/06 - Victoires jihadistes en Irak

A ceux qui veulent se faire une opinion sur le risque islamique dans son ensemble, je conseille la (re)lecture des propos de Lee Kuan Yew, ce président de Singapour qui a fait passer son petit pays, en une génération, de post-colonial à hyper-développé. Ses propos, que je ne résume pas ici afin de ne pas les déformer, sont fermes malgré le fait que près du tiers de sa population soit de religion musulmane. Il affirme que la présence d'une république islamique (l'islam n'est pas qu'une religion, elle est aussi un système politique) riche (notamment grâce au pétrole) et qui disposerait d'armes de destructions massives (comme l'Iran a menacé d'en développer) serait un risque majeur pour notre planète.

Des victoires jihadistes en Irak sont susceptibles de déstabiliser progressivement la Syrie, l'Iran, le Pakistan, l'Afganistan, puis les pays du Golfe qui ne sont pas encore des républiques (Arabie, émirats, Jordanie, ...).

Les Américains veillent au grain, avec d'importants moyens même s'ils s'en servent souvent mal à propos concernant ces conflits (les armes qu'ils donnent à leurs alliés se retrouvent souvent dans le camp opposé). Mais, du fait de leur récente richesse pétrolière, les Américains risquent de maintenant laisser leurs alliés monter au front. Dans cette affaire, leurs alliés objectifs sont tous les pays consommateurs de pétrole : l'Europe et une majorité de l'Asie à l'exception de la Russie.

Dépéchons-nous donc de trouver de nouvelles sources d'approvisionnement en pétrole, de nouvelles sources d'énergie, de nouvelles technologies pour consommer moins. 

Pour une fois, mon discours pourrait bien être en phase avec celui des écologistes.

 

13/06 - Carry trade

Le mot français, portage, ne traduit rien. Le carry trade, c'est le fait d'emprunter dans une monnaie où les taux d'intérêts sont bas (ex. le yen ou l'euro) pour prêter dans une monnaie où les taux d'intérêts sont élevés (ex. le dollar néo-zélandais, le dollar australien).

Une première approche fait apparaitre un différentiel de taux qui profite au carry-trader. Une seconde approche voudrait que la monnaie qui ne rapporte rien devrait se dévaluer par rapport à la monnaie qui rapporte plus. Une troisième approche, avec la multiplication des carry-traders et de leurs volumes, montre que les quantités d'argent qui quittent le pays aux bas taux d'intérêts pour entrer dans les pays à fort taux d'intérêts renforce encore le différentiel d'évolution des monnaies, au détriment de la première et au bénéfice de la seconde.

Incidemment, le carry trade est le moyen par lequel l'inflation peut s'exporter là où on cherche à la contenir : le Japon avait montré l'exemple dans les années 90 en laissant partir des quantités phénoménales de monnaie vers les Etats-Unis, lui-même perdant du même coup sa capacité à sortir de sa déflation.

Ce qui précède, les amateurs de finance le savent et l'anticipent. Les banques centrales aussi ! Et ce sont elles qui fixent les taux d'intérêts ! Elles ont le choix d'encourager le mouvement quand ça les arrange, puis de le renverser brutalement avec une simple "petite phrase".

A ce petit jeu, on peu gagner un peu et perdre beaucoup (monter par l'escalier et descendre par l'ascenseur, voire passer par la fenêtre). Mais tous les carry-traders ne sont pas égaux devant le risque : les hedge-funds qui gèrent d'abord leur propre argent et ont des structures hyper-réactives, sont de fait moins exposés au risque que les banques qui ont les caractéristiques contraires. Sauf que les hedge-funds n'ont pas toujours la meilleure diversification de leurs actifs pour s'en sortir en cas de chute.

 

16/06 - Hommage d'un chef à un chef

Hier soir, Didier Deschamp a reçu un hommage marqué, avant même le début du premier match de l'équipe de France au Mondial :

  1. Avoir fait confiance à des jeunes
  2. Avoir une ligne directrice claire et forte
  3. Avoir fait des choix, pas toujours faciles, parce que "choisir, c'est renoncer".

Il s'agit d'un superbe hommage de la part de quelqu'un qui connait son sujet :

  1. Il vient de reprendre, presque aux mêmes postes, des responsables qui n'avaient déjà pas surperformé il y a 20 ans
  2. Personne n'est capable de décrire, sans rire, sa ligne directrice ... parce qu'il n'y en a pas
  3. Enfin, s'il arrive à faire croire par ses promesses qu'il fait des choix, le futur immédiat dément rapidement cette impression. D'ailleurs, sa méthode s'appuie sur le dialogue entre les partenaires sociaux qui donne les résultats que l'on constate mois après mois.

Vous l'avez deviné, l'auteur de l'hommage à notre coach national n'est autre que notre président qui recevait à l'Elysée pour le visionnage de ce premier match.

 

17/06 - Si elle n'était aussi désabusée ...

... la France retiendrait son souffle !

Le feuilleton de l'été vaut bien un festival : le bras de fer est engagé entre un "nouvel" exécutif qui entend réformer et des corporations qui défendent leurs avantages acquis. 

Comme toujours, les propos sont convenus et la perte de face des uns ou des autres au bout du chemin.

Comme souvent, ceux qui se mobilisent en ont les moyens (ils sont protégés) et la motivation (les avantages défendus sont exorbitants) : c'est dire à quel point il faudrait que ça change !

Ce qui est original, ici et maintenant, c'est que les protagonistes sont supposés être du même bord et profiter, ensemble, du même système.

Si, par miracle, l'exécutif tient bon sa ligne jusqu'au bout, alors nous pourrons louer son courage et reprendre confiance dans sa capacité à réformer dans le bon sens. Enfin !

 

18/06 - Défense des salariés

La scène se passe lors de l'AG d'une importante société cotée : plus de 10.000 cadres pour plus d'un millard de chiffre d'affaires et une présence internationale dans une dizaine de pays.

 

"Nos ingénieurs votent peu : environ 18% de taux de participation aux élections des représentants du personnel. Les candidats sont également peu nombreux : ceux qui se présentent sont le plus souvent élus.

Avec les lois Tepa, les grandes centrales sont élues au premier tour. L'avenir de l'entreprise et de ses salariés ne les intéressent pas. Ils sont dans la contestation permanente et la moindre raison peut servir à déclencher une action syndicale, sociale ou juridique.

Non seulement ces représentants ne sont pas représentatifs, mais ils sont nuisibles à l'intérêt individuel et collectif de ceux qu'ils disent représenter."

 

Pendant ce temps, les grandes centrales syndicales continuent une grève de la SNCF pour "la défense de l'usager et du service public".

 

Presque tous les grands pays ont redéfini les relations entre les employeurs et leurs salariés. Et si la France s'inspirait des meilleures pratiques ?

 

19/06 - Energie : entubages réciproques

L'homme à qui je pose la question a fondé et dirige plusieurs compagnies pétrolières. La question n'a plus d'intérêt après sa réponse :

"Fondamentalement, la capacité de livraison d'énergies en tous genres fait que les prix mondiaux devraient baisser : l'offre est de plus en plus considérable et la demande pas aussi dynamique qu'on l'affirme.

Les Etats-Unis, son président le premier, n'ont plus grand intérêt pour l'Europe qui devient surtout un marché. Sans être exagérément cynique, on peut considérer que le grand cas que fait Mr Obama de la tension entre la Russie et l'Ukraine a pour principal objectif de jeter les compagnies gazières européennes dans les bras des exportateurs américains. D'ailleurs, les ports américains équipés pour l'importation de gaz naturel liquéfié sont en train d'être reconvertis pour l'exportation du GNL.

L'expérience récente montre que certains peuples acceptent de payer l'énergie bien au-dessus des prix de marché, simplement parce qu'on leur a affirmé que cette dépense était bonne pour la planète. Mais les énergies renouvelables ne sont pas autonomes : elles ont besoin d'un complément fossile, nucléaire ou, à la marge, hydraulique, pour remplir leur rôle. 

Ce qui garde les prix élevés, c'est l'instabilité des grands pays exportateurs d'énergie fossile, du Vénézuéla à la Ceinture Islamique, sans que l'on identifie parfaitement les causes et les conséquences de cet état de fait. (...)"

On est bien loin du discours médiatico-politique destiné à nous inciter à dépenser plusieurs fois le montant des possibles économies d'énergie à réaliser, que ce soit par l'isolation des bâtiments anciens, les moteurs hybrides ou les éoliennes marines.

 

20/06 - Le chat, la belette et le petit lapin

De son marché raccorni, un petit lapin

Reçut une offre d'un gros américain.

La belette était généreuse

La nichée du lapin toute joyeuse.

Le chat en son palais en mal d'action

S'interposa bien vite, comme une malédiction.

A la face du monde, il insulta bien fort

Tant le petit lapin que son nouveau renfort.

De toutes parts il sollicita des offres

En espérant ainsi remplir son coffre.

On se demande toujours comment ce chat si con

N'a pas déjà réussi à faire fuir les patrons,

Ceux qui venus de loin devraient prendre exemple

Sur ceux qui quittent la France, ont installé leur temple

Dans les contrées où le titre de propriété

Permet de l'usage de ses biens seul décider.

 

23/06 - Economie et politique

J'ai souvent répété, dans mes écrits, que la politique est de gauche et l'économie de droite.

L'illustrer de façon pertinente n'est pas aussi facile.

En 2012, j'ai écrit "Le Cours" et indiqué ce qui me semblait la bonne façon de s'occuper du logement. "Raisonnement libéral" disent les gens de gauche pour qui l'économie traditionnelle ne peut être que de droite, libérale, voire ultra-libérale.

 

En 2012, nous avons eu Cécile Duflot, encore plus à gauche que estampillée "politique". J'oublie quand même son orientation "gauche forte", comme il existe une "droite forte", et je me concentre sur son approche politique.

Elle réunit tout le monde pour faire plaisir au plus grand nombre, ce qui est une forme simplifiée de la démocratie participative, tant que "tout le monde" signifie "les partenaires sociaux" ou "les instances représentatives". Les "partenaires sociaux" vivent surtout de la redistribution et "les instances représentatives" le sont fort peu mais se partagent à quelques uns les subventions supposées remplacer leur représentativité.

Les associations de locataires demandent évidemment un fort arbitrage en leur faveur : limitation des loyers, absence de garanties exigibles des locataires, impossibilité de renvoyer les locataires mauvais payeurs (forcément démunis et de bonne foi), etc.

Les associations HLM demandent évidemment que l'on échange les droits à construire dans les grandes villes contre une plus grande participation à la construction de logements sociaux. Ainsi, à Paris, chaque acheteur d'un appartement neuf en finance deux : le sien et un logement social de même emplacement et de même qualité, dans lequel pourra emménager pour un loyer modéré quelqu'un qui n'aura rien eu d'autre à faire pour l'obtenir que de monter un bon dossier ou de se faire apprécier d'un conseil d'affectation (autre terme pour désigner le clientélisme).

Avec une telle pression sur les épaules, la ministre n'avait pas d'autre choix que de se rendre à leurs demandes, d'élaborer des lois en leur faveur et de préparer les décrets correspondants.

En ignorant totalement l'approche économique dans sa prise de décision, elle a réalisé, mais un peu tard, que ceux qu'elle entendait protéger étaient ses premières victimes. Les propriétaires bailleurs et les acheteurs de logements neufs ont probablement fait d'autres projets que ceux consistant à loger des locataires.

 

24/06 - La somme de nos lachetés

Je rends encore hommage aux experts de BFM business, ce matin pour leur excellente analyse d'un mal français qui, comme les bonnes ancres, s'agrippe de plus en plus à mesure que l'on tire dessus : l'incapacité à diminuer le poids de l'Etat dans notre économie.

La phrase du jour revient à Christian Saint Etienne qui décrit ainsi l'excès de dépense publique par rapport à nos voisins de la Zone Euro : "Comme des parents qui démissionnent devant leurs enfants et cherchent à les contrôler encore un peu avec plus d'argent de poche, nos gouvernements successifs se sont systématiquement inclinés à chaque revendication en lâchant du lest budgétaire. Notre déficit traduit la somme de nos lachetés successives depuis 40 ans."

Merci, Monsieur Saint Etienne, pour cette belle phrase qui confirme que vous êtes l'un des rares vrais experts en économie politique de ce pays.

 

25/06 - Attristantes statistiques

L'INSEE vient de publier des prévisions de croissance pour la France, qui ne peuvent réjouir nos dirigeants, pourtant premiers responsables de leurs échecs.

Quand j'observe les politiques suivies depuis tant d'années, j'adhère à ces prévisions qui m'attristent.

Mais quand je descends dans la rue et commence à parler avec les commerçants, les artisans et les consommateurs moyens, je constate que l'économie grise (le travail non déclaré) progresse rapidement et est susceptible de fausser les données de l'INSEE.

Alors, je ne suis plus aussi triste : je préfère un pays à l'économie parallèle florissante à un pays qui s'enfonce dans sa crise auto-provoquée sans même cette soupape de sécurité économique et sociale.

 

26/06 - Les 8e travaux d'Hercule : le détricotage

Il était improbable qu'un pays aussi instruit et mature que la France érige tant de lois, décrets et règlements aussi contraires à son économie en si peu de temps que depuis l'arrivée de cette nouvelle majorité.

Je n'évoque pas seulement la fiscalité, toujours absurdement lourde, de plus en plus lourde, mais aussi toutes les mesures d'encadrement, d'interdiction, de déclaration, etc. que des élus en mal de reconnaissance sont capables d'empiler en pensant rendre service à leurs concitoyens.

Il m'apparait quasi-impossible de détricoter un tel fatras de textes nocifs sur une période raisonnable, sauf à ce que les Français, enfin, donnent la main à une majorité quasi-libérale qui leur redonne les moyens de s'enrichir collectivement et individuellement.

Le demi-dieu qui accomplira cet exploit se trouve-t-il dans la salle ?

 

27/06 - Le carton rouge aux politiques

Le triste bilan des lois Duflot, même avant leur application, augmente considérablement la défiance des Français à l'égard des politiques. Le parti écologiste ne cherche plus à nier les désastreuses conséquences mais se justifie par le fait qu'il s'agit de lois de gauche, et rappelle qu'il s'agit de promesses électorales.

La majorité vole en morceaux, tout comme chacun des partis politiques, du Front National au Front de Gauche. 

Comme le remarque le nouveau parti "Nous Citoyens", les politiques français se mettent hors jeu, se discréditent à une vitesse et à un niveau rarement observé depuis l'avènement de la Ve République. Aucun leader n'a aujourd'hui le charisme pour réunir ne serait-ce qu'un seul parti de gouvernement. Et, quand bien même un nouveau leader se dégagerait, il est probable qu'une coalition (ses pairs, les médias, la justice) le rejettent dans l'ombre avant même qu'il soit reconnu par la masse des électeurs.

 

30/06 - A quel(s) groupe(s) appartenez-vous ?

L'impopularité du Président de la République déteint sur celle de son gouvernement et de sa majorité.

Mon livre en cours d'écriture, sur "La place de l'argent" -- quelle est la place de l'argent dans votre vie ? -- m'oblige à faire un réel effort de sociologie théorique et pratique. Au-delà des sondages publiés, je vois trois groupes se dessiner par rapport à l'actuel déclin économique de la France. De façon intéressante, je vois quand même de plus en plus d'individus qui migrent et se retrouvent, pour un temps au moins, à cheval sur deux de ces groupes.

Le premier groupe bénéficie de l'argent de l'Etat. Il se sait menacé dans ses acquis et est donc concerné à le protéger, voire à le défendre. Ce groupe est disparate en ce qu'il comprend des pauvres, des immigrés, des retraités et des chomeurs d'une part, mais aussi des agents influents de notre société, journalistes, fonctionnaires, élus, syndicalistes. Ils se savent minoritaires et attaqués par des forces plus importantes en nombre et en moyens. Paradoxalement, ils n'envisagent aucun compromis, de peur d'amorcer un mouvement qui leur soit défavorable et qu'ils ne pourraient plus arrêter. De ce point de vue, ils acceptent la politique du pire, à condition que le pire soit pour plus tard. Ils sont, de loin, les moins heureux parce que leur capacité d'adaptation est la plus limitée et que les changements qui les affectent seront le plus souvent subis.

Le second groupe appartient à la société civile des salariés d'entreprises françaises et des artisans, commerçants, agriculteurs, petits patrons, ... Ils se sentent les principales victimes de cette "démocratie à la française" qui les oblige à payer toujours plus pour ceux du premier groupe. Ils vivent de moins en moins bien et sont régulièrement confrontés à la précarité. Leur force est d'être aussi confrontés aux vrais besoins de la société, ceux pour lesquels des clients acceptent de payer. La plupart évoluera avec la demande des marchés, les exigences des clients ou de ceux qui, dans l'entreprise, les representent. Mais une partie d'entre eux tombera du côté du premier groupe (ex. chomage, assistance) ou entrera dans le troisième groupe. A leur grande majorité, ils sont maintenant bien décidés à utiliser leur vote pour se faire entendre. C'est aussi ce que disent les enquêtes sur les deux dernières élections, aux municipales et aux européennes.

Le troisième groupe est celui des gens qui ne se sentent qu'indirectement concernés, donc peu impliqués, si ce n'est qu'ils aiment quand même ce pays et sont désolés de le voir s'affaiblir de la sorte. Mais ils ne souffrent pas personnellement de cet affaiblissement. Ils ont toute confiance dans leur capacité à s'adapter. Globalement, quatre voies d'adaptation leur sont ouvertes :

1. Faire avec moins : "Tant qu'on a assez pour vivre, tout va bien. Pour s'amuser, on rira plus avec nos amis, on se contentera de loisirs bon marché (le foot, la pétanque, les cartes, la lecture ou la télé) et on gardera la voiture deux ans de plus." De loin la sous-catégorie, celle qui maitrise ses besoins, la plus importante.

2. Faire autrement : "La ponction sur mes revenus est telle que je me sens volé. Ce n'était plus tenable. Alors, tant que ça dure, j'ai décidé d'en profiter au maximum : arrêts de travail, cures thermales au printemps, emplois saisonniers où je travaille un max pour gagner un max, suivis de longs moins de chomage où je profite un max, tout en arrondissant mes fins de mois. Pas déclaré, tu gagnes deux fois plus. Le système existe, rien n'interdit de jouer avec !" Cette sous-catégorie continue de croître, mois après mois et je ne serais pas étonné qu'elle explique à elle seule les récentes montées du chômage officiel (24.000 personnes en mai).

3. Partir, délocaliser : "L'avenir est bouché dans ce pays. Mes concurrents internationaux me taillent des croupières tous les jours, pendant que je croule sous les obligations les plus stupides et une fiscalité confiscatoire et imprévisible. Mes enfants méritent d'avoir un avenir dégagé dans un pays respectueux de ses agents producteurs de richesses. Quand bien même serais-je riche, je n'accepte plus de rester le complice d'un Etat qui subventionne l'oisiveté et, par delà, tous les autres vices." Ces phrases, on les entend de plus en plus, en "off", dans les cercles qui parlent de la France, de l'impérieuse nécessité à la réformer et des moyens d'y parvenir. Il y a deux ans, c'est de l'ordre de 30% des participants qui tenaient un tel langage. Aujourd'hui, c'est plutôt 60%.

4. Sublimer la difficulté : "La France a beau être une caricature de ce que les politiques devraient éviter, les autres pays développés ne sont pas à bien meilleure enseigne. C'est difficile de réussir ici ? Et bien tant mieux ! Si j'y arrive, je serai encore plus fort. Ce qui ne vous tue pas vous renforce. Pas besoin d'entretenir des états d'âme pour réussir." D'accord, on en rencontre peu ces jours-ci. Mais ils existent : j'en fréquente.