Archives d'Août 2013

07/08 - Olivier de Puymorin

Dans mon récent ouvrage "Redresser la France, c'est si con ?", j'ai écrit un chapitre sur la nécessaire revalorisation du travail. Il s'agit moins de parler "valeur" que de parler "plaisir, satisfaction, bonheur, réalisation, socialisation, ..." J'y note par exemple que les employeurs japonais recrutent depuis déjà près d'une génération des candidats sympathiques.

Ce matin, je suis tombé par hazard sur une interview d'Olivier de Puymorin. Il dirige une start-up de 10 ans déjà et de plus de 1.000 salariés dans 32 pays, Arcadin, et s'apprête à passer sous le giron de NTT (premier opérateur télécom japonais et mondial).

Il raconte que le point fort d'Arcadin, ce sont ses "1.000 salariés heureux" (sic) et que 50% de sa stratégie consiste à recruter des candidats bienveillants, qui aiment les gens, avec lesquels on a plaisir à travailler.

Bravo, Monsieur de Puymorin, pour vos choix stratégiques, merci d'illustrer mes propos de façon aussi pertinente et bonne chance pour la suite d'Arcadin.

 

08/08 - Lisibilité

Le Royaume-Uni fait le choix d'une politique économique claire et assumée. Son message est adressé aux acteurs économiques et, malgré cela, la population ne descend pas dans la rue.

La France fait le choix d'une politique économique opaque. La déception est générale, mais elle est d'ordre intellectuel et, pour cela, la population ne descend pas dans la rue.

Le premier devrait voir sa croissance revenir de façon rapide et consistente.

Le second devrait connaître encore les affres de l'incertitude. Dans l'hypothèse où les décisions seraient prises en fonction des injonctions des élus de gauche, y compris ses extrêmes, la volatilité serait également extrême et la crise prévisible imposera des contre-décisions fortes et flagrantes. L'hypothèse des "grands" acteurs économiques est que l'exécutif n'a d'autre choix que de conduire une politique raisonablement libérale, sans toutefois avoir les moyens politiques de s'en vanter. Ou alors, ce sera après coup.

 

09/08 - Construire

Les Français se plaindraient d'être mal logés. Peut-être !

Dans ce cas, il convient de distinguer de qu'il faudrait faire de ce qu'il faudrait ne pas faire.

Notre ligne directrice principale, c'est l'encouragement à la construction.

Observer qu'il existe de nombreux obstacles inutiles ou exagérés à la construction, comme certaines normes, des complications administratives couplées à des délais inacceptables, des possibilités de recours infondées et jamais sanctionnées, ...

Remarquer que l'ensemble des "frais de mutation" (frais d'agence, de notaire, de diagnostics en tous genres, ...) est excessif et accepter de diminuer ce qui dépend de la législation fiscale ou de la loi. Ces frais de mutation sont contraires à une bonne fluidité du marché du logement évidemment, mais aussi de l'emploi puisqu'ils réduisent la mobilité des propriétaires.

Concernant les propriétaires bailleurs, on en voudrait plus ! C'est le seul facteur susceptible de permettre une diminution des loyers sur le long terme. Comme ils sont propriétaires, on reviendra sur ce qui limite leur droit à la propriété : le droit de louer ou de ne pas louer, de décider à qui, à quel niveau de loyer, des cautions et autres garanties et de faciliter les transitions (mettre un terme à un bail), voire les expulsions légitimes (dégâts aux biens, impayés récidivistes, nuisances au voisinage, ...). Comme ils sont bailleurs, on respectera leur droit à une légitime compensation de leur investissement et de leur travail de gestion en revenant sur des taux d'imposition abusifs tant sur leurs revenus que sur leurs plus-values, des obligations mal fondées, des décisions de justice trop souvent tendues au profit des locataires et donc aux dépends des propriétaires bailleurs.

Enfin, comme l'Etat est impécunieux et a besoin de recettes fiscales, recherchons les moyens de taxer "le foncier constructible" (le terrain) plutôt que ce qui est construit dessus. On encouragera ainsi l'optimisation d'utilisation de l'espace au sol dont on nous dit que sa rareté est un des principaux obstacles à la construction. Sur ce sujet, lisez ou relisez mon excellent ouvrage, "Le Cours".

 

25/08 - Mollesse et fermeté

Voici un pays qui ne sait pas se réformer, tant il faudrait du courage face à chacune des corporations concernées.

Voici un pays qui prône l'intervention militaire chaque fois qu'un "petit" pays fait sa révolution, pas toujours pacifique et dans le respect de nos propres règles.

Le courage, en France, consiste-t-il à s'abriter derrière les Etats-Unis ou l'ONU pour aller entraîner nos troupes sur des terrains déjà affaiblis par les combats et l'épuisement financier ?

 

26/08 - Leçons d'Afrique

Comme à chacun de mes retours d'Afrique, je suis désolé de constater l'état de pauvreté de la grande majorité de ses habitants. Même la progression économique indiquée par les statisticiens semble être mangée par la démographie galopante.

Il est vrai que l'état de leur secteur public et de leurs infrastructures est déplorable et n'aide pas le développement. Les périodes de sécheresse désertifient le paysage et les périodes de pluies créent une insalubrité durable.

Toutefois, la jeunesse semble exubérante et peu ou mal employée face aux besoins criants de toute la population. La motivation à construire du nouveau ou même à entretenir l'existant ne semble pas évidente. Par exemple, combien d'hopitaux nouveaux le Sénégal a-t-il construit depuis son indépendance, en 1980, malgré le triplement de sa population et les aides internationales reçues ?

Il me vient cette idée, un peu terrifiante, que la motivation est une émotion comme une autre, à ce titre plutôt contagieuse. Sur ce terrain, qui de l'Europe ou de l'Afrique va transmettre sa (dé)motivation à l'autre ?

  

27/08 - Leçons d'Afrique (2)

Il faut beaucoup de courage au Ministre de l'Intérieur, face à de nombreux élus de sa majorité, pour faire remarquer que l'extrême pauvreté de la grande majorité des Africains, multipliée par leur formidable démographie, pose un enjeu de société majeure aux pays développés d'une immigration non maitrisée, diluante et déstructurante. Ceux qui ont vu cette réalité me comprendront.

 

28/08 - Hypothèses de croissance

Que l'on traite des retraites ou du prochain budget de l'Etat, les prévisions de croissance sont essentielles pour déterminer l'équilibre des comptes.

Comme tous les agents économiques dynamiques, je m'accomode fort bien de prévisions optimistes sur le moyen et le long terme.

Mais, comme observateur chevronné des politiques économiques, je doute fort que le chemin actuellement suivi par la France nous permette ces mêmes prévisions optimistes.

En d'autres mots, je ne vois pas de limite au "potentiel de croissance" de la France, mais suis dubitatif sur sa croissance réelle tant que l'on continuera à faire les mêmes arbitrages contre ce qui forme le moteur de l'économie : le travail et le capital.

 

29/08 - Université d'été du MEDEF

Organisation dans l'excellence pour cette nouvelle UEM : accueil, programme, intervenants, participants, logistique, ...

Sur le fond, maintenant. Le nouveau président, Pierre Gattaz, ne le dira pas malgré son engagement de tout dire sur l'état économique du pays : l'exécutif rend des comptes à son électorat qui ne veut pas ni ne peut pas connaître le monde de l'entreprise.

Même les ministres invités ont du mal à prononcer ce mot dans l'enceinte du MEDEF, "ENTREPRISE". Quand ils parlent de l'économie, elle ne vit que dans des programmes, des mesures gouvernementales ou administratives, des aides, des subventions, des initiatives publiques concurrentes à l'initiative privée, ... Une fois descendus de l'estrade, ils admettent que les entreprises sont nécessaires, mais ils les préfèreraient sans capital, sans patron, sans profit, ...

Malheureusement, Monsieur le Président, c'est la vérité de notre pays et je crois qu'elle doit être présentée, avec le reste, aux participants de votre université d'été. Cette connaissance est nécessaire à la réflexion stratégique, puis à l'action.

 

30/08 - Université d'été du MEDEF (2)

Changement de décor et de discours de la part des ministres venus rencontrer les employeurs ce jeudi sur le Campus deJouy-en-Josas.

Le changement de décor, ce sont les interlocuteurs du MEDEF qui avaient sorti leurs grosses pointures pour initier et relancer le débat avec les ministres venus de Bercy.

Le changement de discours, c'est que ces ministres, qui sont en charge de notre économie, ont sans cesse répété les mots "ENTREPRISE" et "MARGES BENEFICIAIRES". Ils ont fait des promesses qui n'ajoutent rien à la cohérence de la politique économique (beaucoup plus de transferts de prélèvements obligatoires que de stratégie économique).

Heureusement, ils sont tous repartis avec une copie du formidable petit livre qui sort bientôt : "Redresser le pays, c'est si con ?" Le ministre du budget m'en a réclamé une dédicace. Je dédie ce livre "à ceux qui ont choisi de rester en France". Le ministre de l'économie me l'a pris des mains. Le ministre du redressement productif l'a regardé et affirmé devant 10 caméras :"Ah ! Vous avez aussi de l'humour au MEDEF !" Merci de votre accueil et bonne lecture, messieurs les ministres.